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Editorial

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                        Photo collection B.P. Wauthier
      
Robert Massard
    

Dans l'absolu, la carrière lyrique de Robert Massard semblait plus qu'improbable puisque en dépit d'une voix facile et naturellement longue, le jeune homme travaillait encore dans le garage paternel à 25 ans passés.

C'est un premier concours, à la fois de chant et de circonstance, qui le conduisit à auditionner à l'Opéra de Paris en 1951, alors qu'il ne possédait encore ni technique vocale ni bagage musical. Néanmoins Georges Hirsch, alors administrateur de la R.T.L.N.*, l'entend et l'engage sur le champ le 1er octobre 1951. Avec l'arrivée de Maurice Lehmann à la tête de l'Opéra, on ne s'occupe plus guère de Robert Massard qui a cependant tout à apprendre du " métier ".


C'est alors qu'advient le second signe du destin en la personne de Gabriel Dussurget, le créateur du déjà fameux Festival d'Aix en Provence. Celui-ci est alors à la recherche de son Thoas d'Iphigénie en Tauride programmé pour le mois de juillet 1952 au Théâtre de l'Archevêché. Toujours à l'affût de jeunes talents, Gabriel Dussurget apprend par hasard l'existence de Robert Massard qui n'a encore paru sur aucune scène. Il décide de l'auditionner. Le " magicien d'Aix ", comme on aime à le qualifier aujourd'hui, décèle l'artiste en devenir chez le fringant jeune homme et n'hésite pas à le faire débuter à Aix en Provence aux côtés des meilleurs chanteurs (Patricia Neway, Léopold Simoneau) et sous la direction du maestro Carlo-Maria Giulini. Apprenant cela, Maurice Lehmann est piqué au vif et ne veut pas qu'il soit dit qu'Aix ait fait débuter un membre encore inconnu de la troupe de l'Opéra. On " précipite " alors le jeune homme sur scène le 18 juin 1952 dans le rôle du Grand Prêtre de Samson et Dalila, rien de moins ! Après ce baptême du feu parisien en guise de débuts officiels, Robert Massard sera réellement révélé à Aix en Provence le 26 juillet 1952.

Fort de ses débuts plus que prometteurs, Robert Massard s'impose rapidement comme l'une des valeurs sûres de la génération montante. Il se frotte à tous les répertoires, tous les styles, de l'Opéra français à Wagner, de Verdi à Puccini, de Strauss à Mozart ; se forgeant ainsi une technique vocale à toute épreuve, au service d'un timbre clair, entre baryton lyrique et baryton Verdi. Valentin de Faust, le Grand Prêtre de Samson et Dalila, Athanaël de Thaïs et Rigoletto deviennent ses chevaux de bataille à l'Opéra, alors qu'il fait sensation à l'Opéra Comique en 1955 en interprétant un brillant Figaro du Barbier de Séville. En 1959, il est choisi pour chanter Escamillo lors de la création de Carmen au Palais Garnier dans la fastueuse mise en scène de Raymond Rouleau devant le Général de Gaulle. Escamillo deviendra un de ses grands rôles avec plus de 140 représentations de Carmen assurées dans cette production emblématique des années 60 à l'Opéra. Puis il acquière une aura internationale en chantant Lucia de Lammermoor à l'Opéra de Paris auprès de Joan Sutherland en 1960. Il interprète également avec succès le Comte Orbel de Traviata ou Fieramosca de Benvenuto Cellini. Enfin, dans la munificence du Don Carlos de Verdi monté à l'Opéra dans les décors et costumes de Jacques Dupond, Robert Massard impose son beau legato de baryton Verdi dans le rôle de Posa et trouve là un de ses plus beaux emplois.

On relève plus de 40 rôles durant sa carrière à l'Opéra, où il chante jusqu'à 80 représentations par an. Cela ne l'empêche nullement de développer une intense activité en province et à l'étranger. Sa carrière internationale se déploie ainsi dès 1958 avec sa première participation au prestigieux Festival de Glyndebourne (Alceste). Viendront ensuite le Festival d'Edimbourg (Oreste d'Iphigénie en Tauride), ToKyo et Osaka (lors de la tournée de l'Opéra de Paris au Japon avec le Carmen de Raymond Rouleau), Covent Garden (à nouveau Oreste d'Iphigénie en Tauride), le Liceo de Barcelone, la Scala de Milan, le San Carlo de Naples, la BBC de Londres, la R.A.I., l'U.R.S.S. (l'Opéra de Kiev, le Kirov de Leningrad puis le Bolchoï de Moscou) et enfin l'Amérique (Chicago, Carnegie Hall à New York, Téatro Colon de Buenos Aires)… . A l'arrivée de Rolf Liebermann, sa stature d'artiste international lui permet de continuer de se produire à l'Opéra de Paris. Outre Sancho Pança de Don Quichotte et Lescaut dans Manon, Robert Massard reprend ses grands emplois que sont Valentin de Faust (dans la mise en scène très controversée de Lavelli), le Grand Prêtre de Samson et Dalila et bien sûr Posa de Don Carlo (la seule mise en scène antérieure au mandat de Rolf Liebermann à avoir été reprise).

Résumer la carrière de Robert Massard n'est pas une chose aisée tant elle fut riche et intense. Au fil des années, son répertoire devient extrêmement large et malgré la diversité des styles abordés, il a su ne pas alourdir son profil vocal et garder intacts son timbre si personnel ainsi que son légendaire sens du phrasé. Au terme d'une carrière de plus de 30 années, Robert Massard totalise près de 2000 représentations dont très exactement 1003 sur les scènes parisiennes de l'Opéra et de l'Opéra Comique ! Après ses adieux à la scène en 1984, Robert Massard occupera le poste de professeur au Conservatoire National de Région de Bordeaux, tout en assurant de nombreuses master classes jusqu'à aujourd'hui. On peut retrouver la voix du maître grâce aux nombreux enregistrements qu'il nous laisse, dont beaucoup sont devenus de véritables références, notamment sur le plan stylistique.

Mais il convient de conclure en laissant la parole à celui sans qui rien n'aurait été possible : Gabriel Dussurget. En 1978, ce dernier évoquait pour Opéra International son choix de programmer Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi à Aix en 1961 : " j'ai pensé au Couronnement de Poppée parce que je trouvais que M. Massard serait superbe en Néron et qu'il en avait la voix car, au fond, c'est un ténor dramatique ". A méditer…

* R.T.L.N. : Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux

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Bruno-Pierre WAUTHIER - Janvier 2010 (
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