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                Raymond Rouleau
                         (1904-1981)

                             
                             ou
               le réalisme poétique...


 
Raymond Rouleau sur le tournage du Tour d'écrou (coll. F. Rouleau)

Fasciné par le théâtre, Raymond Rouleau entre à 17 ans au Conservatoire de Bruxelles (sa ville natale) où il se forme pendant cinq ans au métier de comédien auprès de son maître Jules Delacre. Il fonde même à Bruxelles un groupe d'avant-garde et dirige le Théâtre du Marais, avant de rejoindre Charles Dullin à Paris. Comédien chez ce dernier de 1927 à 1930 (Théâtre de l'Atelier), il est aussi membre du Théâtre
Alfred-Jarry d'Antonin Artaud, joue Hamlet chez Pitoëff et tourne pour le cinéma. De l'aube du cinéma parlant jusqu'à la fin des années 40, Raymond Rouleau s'impose comme une grande vedette de cinéma. Il y forge des personnages toujours élégants et spirituels, parfois cyniques, mais dans un style principalement léger et brillant. Au sommet de sa popularité quant il incarne le séducteur Georges Masse pour Hunebelle, on l'appelle le " Cary Grant " du cinéma français. Aujourd'hui toutefois, Raymond Rouleau demeure dans les mémoires et l'histoire du cinéma pour les chefs d'œuvre que sont L'assassinat du Père-Noël de Christian-Jacques, L'honorable Catherine de Marcel L'Herbier (avec Edwige Feuillère) et bien sûr Falbalas de Jacques Becker (avec Micheline Presle).

Comédien surdoué et acteur de cinéma à succès, Raymond Rouleau sera toujours tenté par la direction d'acteurs. Au théâtre d'abord, c'est en montant Le mal de la jeunesse de Bruckner en 1931 qu'il s'impose comme un jeune metteur en scène d'avenir. Certes Raymond Rouleau a du talent, une présence charismatique et de la sincérité, mais il est avant tout un artisan du théâtre qui possède une formidable capacité de travail. Il a enfin une foi inébranlable dans le travail d'équipe et obtient le meilleur de sa troupe, des comédiens aux techniciens, machinistes, électriciens et éclairagistes. On lui doit entre autres la création de Huis clos de Jean-Paul Sartre (1944), la présentation d'auteurs américains tels que Tennesse Williams (Un tramway nommé désir en 1949, La chatte sur un toit brûlant en 1956, La déscente d'Orphée en 1959) et Arthur Miller (Les sorcières de Salem en 1954, dans l'adaptation de Marcel Aymé). Mais au théâtre, Raymond Rouleau est un " touche à tout ", un éclectique passionné qui multiplie les expériences, aussi ambitieuses et contrastées soient-elles. C'est ainsi qu'il s'attaque à l'opéra en montant Carmen à l'Opéra de Paris en 1959, dans une mise en scène fastueuse devenue légendaire, toute en réalisme poétique. Dans le répertoire lyrique, il montera également Luisa Miller de Verdi au Mai musical de Florence (1966), Olimpia de Spontini à la Scala de Milan (1967), Orféo de Monteverdi en Hollande et à la RAÏ de Milan (1967 et 1968) puis enfin Dialogue de Carmélites de Poulenc pour l'Opéra de Paris (1972). Au lendemain de Carmen à l'Opéra, Raymond Rouleau obtient une reconnaissance quasi-officielle en France et signe la mise en scène de Ruy Blas à la Comédie Française (1960). Entre autres expériences insolites, il monte le ballet Les amants de Teruel (avec Ludmilla Tchérina), la revue musicale La petite Lili (pour Edith Piaf à l'ABC), Gigi de Colette à New-York avec une jeune inconnue appelée Audrey Hepburn ou bien encore Cyrano de Bergerac de Rostand en Italie et en italien ! Il dirige aussi plusieurs théâtres comme le Théâtre du Marais en Belgique (à ses débuts), puis ceux de l'Œuvre et Edouard VII à Paris.

A l'écran, ses mises en scènes sont moins nombreuses mais elles n'en sont pas moins valables, bien que très injustement oubliées aujourd'hui. Pour le cinéma, il fixe ainsi sur la pellicule quelques une de ses réalisations majeures au théâtre (Les sorcières de Salem en 1956 ; Les amants de Teruel en 1962). De plus, il signe plusieurs " dramatiques " pour la télévision (Hedda Glabler, Les papiers d'Aspern, Le tour d'écrou…) et réalise en studio les versions filmées de plusieurs pièces du répertoire (Ruy Blas, Ondine, Hernani ou l'Ecole des femmes).

Le théâtre et le cinéma de Raymond Rouleau se nourriront l'un de l'autre tout au long de sa carrière. Dans les deux disciplines, il approfondira la direction d'acteur mais aussi sa grande science des éclairages, qui fera sa renommée et deviendra sa signature. Les lumières de Raymond Rouleau passaient en effet pour être les plus belles qui soient au théâtre et permettaient de créer des climats prenants, porteurs de sens dramatique au-delà du simple esthétisme qu'il rejetait. A la scène, les spectacles de Raymond Rouleau semblent ainsi obéir aux lois d'une narration cinématographique tout en restant totalement, passionnément et sincèrement du théâtre. Il attache enfin la plus haute importance à ses décors et fait souvent appel à des peintres aptes à lui construire un monde onirique et poétique. Parmi eux, Lila de Nobili sera sa plus fidèle collaboratrice au théâtre, au cinéma et à la télévision avec 22 réalisations en 22 ans !

Bruno-Pierre WAUTHIER - Novembre 2009 (
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