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Lélé de Triana (1927-1998)
&
le ballet "Sol y Sombra"


Lélé de Triana est un authentique gitan d'Andalousie issu d'une longue lignée d'artistes : danseurs, chanteurs, musiciens… Son père enseignait les Beaux-Arts tout en pratiquant l'illusionnisme et sa mère (Emélina Torrès) était une danseuse de flamenco reconnue et la partenaire de Vincente Escudero. Son grand père maternel était le guitariste flamenco Niño de Lucena (dit " El Lentejo ") et son oncle (le frère d'Emélina) n'était autre qu'Andrès Segovia, le légendaire guitariste classique qui donna, au XXème siècle, ses lettres de noblesse, sa technique et son répertoire à la guitare classique…

C'est en fuyant la guerre d'Espagne que Lélé de Triana arrive en France tout enfant avec sa mère et son grand frère Cardo, alors que leur père a été tué à Madrid. Après quelques temps passés dans le sud-ouest, Emélina et ses enfants gagnent Paris pour travailler et subsister. Elle rencontre alors le danseur Filémont et devient sa partenaire dans des spectacles de flamenco. Ils donnèrent ensemble en 1946 des représentations triomphales à la Salle Pleyel, où le public était proprement électrisé par la virtuosité du jeu des castagnettes de la belle andalouse, annonçant son entrée depuis les coulisses… Ce n'est que tardivement que Lélé de Triana commence la danse avec son frère (pas avant 17 ou 18 ans à cause d'une grave pleurésie contractée en Espagne) puis auprès de Gina Bartissol et de Filémont. De 1945 à 1950, il danse ici et là en trio avec son frère Cardo et Carmen Vallejo, enseigne à l'association Danse et Culture et s'illustre en 1948 comme danseur étoile dans le ballet Los Caprichos monté par Boris Kochno pour la Compagnie des Champs Elysées. En 1949, Maurice Lehmann engage pour 6 mois le nouveau trio composé de Lélé de Triana, Cardo et la jeune Conchita Roméro pour la reprise de l'opérette La Belle de Cadix au Théâtre de l'Empire.

C'est avec son épouse Conchita Romero qu'il fonde en 1950 le ballet " Sol y Sombra ", avec lequel il entreprend immédiatement une tournée en Europe. Ils sont appelés au Théâtre du Châtelet en 1951 pour la grande création de l'opérette Le Chanteur de Mexico avec Luis Mariano, spectacle pour lequel ils restent deux ans à l'affiche. Outre de nombreuses participations à des spectacles d'opérettes (reprises et tournée du Chanteur de Mexico et Andalousie), Lélé de Triana (et son ballet) participent à des spectacles de music hall (pour le tour de chant d'Edith Piaf à l'Olympia), tournent des films pour lesquels on lui demande de régler des chorégraphies (La Caraque blonde de Jacqueline Audry avec Thilda Tamar, La Vénus d'Arles de Christian Plume, La Femme et la Pantin de Julien Duvivier pour lequel il travaille avec Brigitte Bardot ; Un Singe en hiver d'Henri Verneuil où il règle les danse de Jean-Paul Belmondo…) et travaille même avec le Mime Marceau (Don Juan au Théâtre de la Renaissance).

Alors que Lélé de Triana déploie une intense activité sur tous les fronts (engagements comme chorégraphe, interprète et conception de spectacles de danse originaux), le metteur en scène Raymond Rouleau le choisit pour assurer les parties dansées de Carmen qu'il s'apprête à monter à l'Opéra de Paris en 1959. Il s'agit bien sûr de la chanson bohême que chante Carmen chez Lilas Pastia au lever du deuxième acte. Dans l'écrin nocturne d'une auberge en plein air nichée aux pieds des remparts de Séville, le ballet Sol y Sombra déploie les arabesques de ses danses gitanes très stylées, allant " crescendo " du calme envoûtant des première mesures jusqu'au délire frénétique et la clameur populaire du troisième couplet. Toute la presse relèvera ce tableau comme un des moments les plus réussis de la soirée de gala du 10 novembre 1959, donnée devant le Général de Gaulle. Sol y Sombra sera le ballet exclusif de cette production de l'Opéra jusqu'en 1970.

Après Carmen, Lélé de Triana et son ballet Sol y Sombra seront à nouveau engagés par l'Opéra de Paris pour les danses de caractère d'autres ouvrages comme Traviata, Dolorès d'André Jolivet donné à l'Opéra Comique dans la mise en scène Louis Erlo, Carmen lors de la tournée de l'Opéra au Japon et Don Quichotte de Massenet dans la mise en scène de Peter Ustinov sous le mandat de Rolf Liebermann. Mais Carmen leur colle à la peau et tout en assurant les représentations régulières de l'Opéra dans la mise en scène de Raymond Rouleau, Lélé de Triana est appelé de toute part pour régler des chorégraphies originales pour cet opéra, comme pour l'Opéra de Marseille en 1962 dans la nouvelle mise en scène de Louis Ducreux (dans les décors de Bernard Buffet), la télévision française pour la version filmée d'Henri Spades en 1962, le Grand Théâtre de Genève en 1964 (mise en scène de Marcel Lamy) et jusqu'au Métropolitan Opéra de New York pour la mise en scène de Jean-Louis Barrault en 1967 (décors de Jacques Dupont)…

Entre ses différentes chorégraphies pour Carmen, ses activités quasi-permanentes à l'Opéra de Paris et les nombreuses reprises de spectacles d'opérettes, Lélé de Triana signe des spectacles, monte des ballets (L'Amour sorcier, Le Tricorne, Disparates, La Vie Brève, Le Boléro ou L'Enfant et les Sortilèges de Ravel…) en France et à l'étranger, tout en participant souvent à des spectacles à la télévision. Il sera l'un des piliers du cabaret l'Alcazar de 1968 à 1991 (date de sa fermeture) en signant et interprétant de nombreux tableaux. Il prend enfin la direction artistique du Mayol en 1975. Infatigablement, Lélé de Triana concevra jusqu'à sa mort (survenue en 1998) des spectacles musicaux et chorégraphiques.

Bruno-Pierre WAUTHIER - Janvier 2010 (
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