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Editorial

La "première"

La critique

Carmen à l'Opéra
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Les portraits

La discographie
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Micaëla - Photo coll. B.P. Wauthier      



Andréa Guiot :
notre dernière Mireille...

Andréa Guiot est née à Garons-Saint-Gilles, près de Nîmes, aux portes de la Camargue. Elle quitte sa Provence natale où elle a travaillé le chant avec Monsieur Santalouna, le ténor basque dit " à la voix de velour ", pour gagner Paris, où elle entre au Conservatoire National de Musique à l'âge de 21 ans. Au terme de 4 années d'études, elle y obtient un premier prix de chant, un premier prix d'opéra ainsi que le Prix Osiris en 1954. Malgré de brillants résultats et contrairement à l'usage en vigueur, elle n'est pas engagée immédiatement à la R.T.L.N.* (comme Régine Crespin avant elle). La jeune femme saura tirer profit de sa liberté pour explorer ses premiers rôles en province (Marguerite de Faust, Mimi de La Bohême, Micaëla…), sans la pression des débuts parisiens.


Mais Andréa Guiot ne tarde pas à se faire engager à la R.T.L.N. dès 1957 et après audition (dans l'air des bijoux de Faust). Elle débute à l'Opéra-Comique dans le rôle d'Antonia des Contes d'Hoffmann. A la Salle Favart, elle chante également avec un grand succès Mireille, Manon, Mimi de La Bohême, Nedda de Paillasse ainsi que Micaëla, rôle dans lequel elle est affichée très régulièrement en 1957 et 1958. Après avoir tenu le rôle de la vierge Erigone dans Le Martyre de Saint Sébastien à l'Opéra, Andréa Guiot fait enfin ses grands débuts sur la scène du Palais Garnier en 1959, dans le rôle de Marguerite de Faust. Forte de ses débuts réussis à l'Opéra et de son interprétation remarquée du rôle de Micaëla Salle Favart, elle est choisie pour participer à la création de Carmen sur la scène du Palais Garnier, dans la mise en scène de Raymond Rouleau. Au soir du mardi 10 novembre 1959, elle se retrouve donc aux côtés de Jane Rhodes, Albert Lance et Robert Massard, sous la direction de Roberto Benzi, à l'occasion de l'entrée triomphale de Carmen au répertoire de l'Opéra, devant le Général de Gaulle. Il faut rappeler que l'ouvrage quittait alors le répertoire de l'Opéra-Comique après 2899 représentations sur cette scène depuis sa création le 3 mars 1875. Jusqu'en 1970, Andréa Guiot sera affichée 143 fois dans le rôle de Micaëla à l'Opéra dans cette unique production !

Aux côtés des Micaëla et des Marguerite à foison, celle qui est devenue l'un des premiers sopranos de la R.T.L.N. paraît également au Palais Garnier dans Fidelio (Marceline), Le Roi David d'Honegger, Don Juan (Elvire), Roméo et Juliette (Juliette), Falstaff (Alice), Benvenuto Cellini (Teresa), Traviata (Violetta), Le Crépuscule des Dieux (Flosshide), L'enfant et les Sortilèges (princesse, chauve-souris)…mais c'est sans doute le personnage de Liù de Turandot (aux côtés de Birgitt Nilson et James King) qui lui vaut ses plus grands succès. A l'Opéra-Comique, Andréa Guiot aborde quelques nouveaux ouvrages parmi lesquels Dialogue des Carmélites, Louise, Sœur Angelica, Orphée (Eurydice) et Madame Butterfly. En avril 1964, elle est même choisie pour chanter Mireille de Gounod à l'occasion de la célébration du centième anniversaire de la première (qui est aussi la millième représentation de Mireille à l'Opéra-Comique). La presse et le public se trouvèrent unanimes pour la désigner comme " notre Mireille nationale ". Andréa GUIOT sera affichée à l'Opéra jusqu'en 1973 et chantera dans les productions de Parsifal (Fille-fleur), La Bohême (Mimi) et La Walkyrie (Helmwigue) sous le mandat de Rolf Liebermann.

Outre de nombreux engagements dans la plupart des théâtres de province, les scènes étrangères feront souvent appel à son talent. C'est ainsi qu'Andréa Guiot ira chanter en Amérique dès 1963 (d'abord à Chicago puis à New York, Philadelphie, Miami…), à Buenos Aires (Téatro Colon), à Vienne, Berlin, Hambourg, Glasgow, Wexford… pour défendre les couleurs du chant français dans son répertoire de prédilection.

Après ses dernières prises de rôle (et non des moindres puisqu'il s'agissait de Desdémone d'Otello et d'Elisabeth de Don Carlos), Andréa Guiot décide d'arrêter sa carrière sur scène pour en entamer une autre : celle de professeur de chant, au Conservatoire de Musique de Paris. Elle s'était en effet découverte une passion pour la pédagogie à l'occasion de quelques remplacements effectués dans la classe de Janine Micheau, une collègue et amie. Dès 1976, Andréa Guiot enseigne donc au Conservatoire National Supérieur de Paris, mais elle interviendra également au C.N.I.P.A.L. de Marseille, au C.E.M.S. de Toulouse, sans compter les master-classes…

Elle nous laisse quelques précieux enregistrements parmi lesquels il faut citer l'intégrale de Carmen aux côtés de Maria Callas, des sélections lyriques de Carmen, Faust, Mireille, Les Conte d'Hoffmann et Guillaume Tell… où l'on peut admirer son beau soprano lyrique, dont la fermeté de timbre et la pointe de " noirceur " dramatique n'ont jamais compromis une voix faite avant tout pour exprimer la juvénilité. Elle savait en outre se plier avec bonheur aux nuances dynamiques. Ceux qui eurent la chance de l'entendre se souviennent encore de ses piani sensibles et nourris, de son sens du phrasé… Liù de Turandot en reste peut-être le plus beau témoignage.

Andréa GUIOT a été nommée Chevalier de l'Ordre National du Mérite ainsi que Commandeur des Art et Lettres.


* R.T.L.N. : Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux

Bruno-Pierre WAUTHIER - Novembre 2009 (
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