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Autoportrait en Don José - Coll. A. Lance
      
Albert Lance

Un australien à Paris...



De son vrai nom Lancelot, Albert Ingram et australien de naissance (il naît à Adélaïde le 12 juillet 1925), Albert Lance fut pourtant fêté comme le plus français des ténors français des années 50 et 60 sur les scènes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique. Doué dans son enfance d'une voix de sopraniste, il chante au Temple. Ses premières expériences de chanteurs ne seront pas sur une scène d'opéra mais des cabarets et des boites de nuit, dans un répertoire de balades anglaises et irlandaises, après quoi il suit la tournée d'une compagnie de vaudeville (The australian street singers).


Il étudie enfin le chant auprès de Gertrude Johnson, grand soprano colorature australien, qui lui révèle qu'il a de grandes possibilités dans le répertoire lyrique. Il débutera sur scène à l'Opéra de Melbourne dans Tosca à l'âge de 25 ans. Suivront les rôles de Rodolfo de La Bohême, Pinkerton de Madame Butterfly (en anglais) puis le rôle titre des Contes d'Hoffmann à l'occasion d'un gala donné devant la Reine d'Angleterre ! Si tout semble sourire au jeune ténor, ses brillants débuts restent assez inexplicablement sans suites et il est contraint de travailler en usine.

C'est la rencontre providentielle du français Dominique Modesti de passage en Australie et l'octroi d'une bourse gagnée à un concours de chant qui permettent à Albert Lance de gagner la France pour étudier le chant. Il approfondit la science du chant et devient un musicien auprès de Simone Féjart, éminente chef de chant de la R.T.L.N.*. En 16 mois, il apprend ainsi par cœur six rôles convenant à sa tessiture de ténor de demi-caractère : Mario Cavaradossi de Tosca, Roméo et Juliette, Faust, Werther, Rodolfo de La Bohême et Pinkerton de Madame Butterfly ! Alors qu'il envisage de retourner en Australie tant qu'il peut encore payer son billet de retour, il auditionne à l'Opéra Comique où il est engagé sur le champ. Il débute en 1956 dans une représentation d'essai de Tosca. Le succès est tel que devant une telle révélation, Georges Hirsch l'auditionne et l'engage à son tour à l'Opéra, où il débute dans Faust.

Il devient alors pour près de 15 années le titulaire quasi-officiel du rôle de Faust à l'Opéra et de Mario de La Tosca (Salle Favart puis à l'opéra). L'année 1958 le met dans la lumière pour la création du Bal Masqué de Verdi (auprès de Régine Crespin) puis lui vaut d'être choisi par l'Opéra pour être le partenaire de Maria Callas lors du gala de la Légion d'Honneur en décembre, devant le tout-Paris et la presse internationale. Il confirme sa place de premier ténor lorsqu'on lui demande de créer le rôle de Don José à l'occasion du transfert du chef d'œuvre de Bizet de la Salle Favart au Palais Garnier. Outre une voix d'or, large, timbrée et égale sur toute la tessiture, il se révèle comédien face à la volcanique Carmen de Jane Rhodes et presque athlétique dans la mise en scène très réaliste et vivante du cinéaste Raymond Rouleau. Après Carmen, c'est Tosca qui déménage en 1960 de l'Opéra Comique vers l'Opéra dans la nouvelle mise en scène d'André Barsacq. Dans cette production Albert Lance sera le partenaire de Régine Crespin et Rénata Tebaldi, rien de moins. Il sera incontournable dans les grandes productions de l'Opéra (Carmen, Faust, Tosca et Rigoletto) et de la Salle Favart (Werther, Les Conte d'Hoffmann, La Bohême…). Sur les scènes de la RTLN, il se produit également dans Médée (Jason), Les Indes Galantes (Carlos), Roméo et Juliette, Paillasse (Tonio), La Femme sans ombre et ce qui est peut-être "le rôle des rôles" pour un ténor : Faust de La Damnation de Faust de Berlioz (dans la mise en scène de Maurice Béjart).

Albert Lance était prêt pour la carrière internationale mais celle-ci aura du mal à s'épanouir dans un agenda déjà très rempli à l'Opéra et à l'Opéra Comique ! Prudente et frileuse, l'administration de la R.T.L.N. lui accordera trop peu de permission pour se produire hors les murs. C'est ainsi que La Scala de Milan le réclamera en vain... Il chantera néanmoins à Londres, San Francisco, Los Angeles, Philadelphie, Vienne, Buenos Aires, Rio de Janeiro, sans oublier une grande tournée d'un mois en U.R.S.S. qui le conduira de Riga à Kiev et Moscou avec Faust, Tosca, Rigoletto et Carmen. Albert lance sera enfin naturalisé français en 1967 par le général de gaulle en personne, devant lequel il avait eu la chance de chanter à plusieurs reprises Carmen à l'Opéra.

Avec l'arrivée de Rolf Liebermann à la tête de l'Opéra, Albert Lance n'apparaîtra plus sur la scène du Palais Garnier et ce malgré sa stature et son répertoire. Quant à l'Opéra-Comique, il ferme ses portes pour longtemps. Néanmoins, les théâtres de province l'accueillent, en particulier l'Opéra du Rhin à partir de 1973 où il chante Erik (Le Vaisseau Fantôme), Canio, Hérode (Salomé) ou encore Pinkerton… Il décide de se retirer de scène en 1977 alors qu'il est au fait de ses moyens vocaux (il n'a alors guère plus de 50 ans !). C'est en participant à divers concours de chant (dont il est membre du jury) qu'il se décide à aborder l'enseignement. Il ne peut en effet se résigner à accepter le médiocre niveau général des jeunes chanteurs qu'il entend. Il se découvre alors une véritable passion pour l'enseignement et sera pendant 19 ans professeur au Conservatoire de Nice, avant d'enseigner à Antibes, aux côtés de son épouse Iris Parel, également professeur.

Depuis sa retraite, Albert Lance continue inlassablement de s'investir dans l'art lyrique et dirige l'Albert Lance Lyric Company, une association basée à Colomars qui produit chaque année des spectacles lyriques. Artiste complet, Albert Lance ne s'implique pas seulement dans la préparation musicale et vocale de ces spectacles, mais brosse également les décors, mettant ainsi à profit ses dons innés pour les arts plastiques. C'est ainsi qu'aujourd'hui, les nombreux dessins, croquis, portraits et caricatures qu'il nous laisse sont les heureux témoignages des longues séances de répétition à l'Opéra dans les années 50 et 60, perpétuant le souvenir des camarades avec qui il a chanté. Mais ceci est la petite histoire de la grande histoire…

* R.T.L.N. : Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux
 

Bruno-Pierre WAUTHIER - Novembre 2010 (
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